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Benoît Theunissen. Une invitation au voyage et à l'imaginaire

07-09-2016


Les photos de Benoît Theunissen empruntent au langage cinématographique à plusieurs égards : « J’emploie des formats cinématographiques et non photographiques : tous les clichés sont recadrés, selon les sujets, en 1.85 (format classique de cinéma, rectangulaire) mais aussi en cinémascope (2.39) et même en 3.17, des photos encore plus larges. La photo me permet d’opérer un travail personnel qui ne dépend pas d’un réalisateur ou d’un chef opérateur. Cela ne fait que cinq ans que je les montre; la première fois, c’était lors d’une expo tout à fait personnelle que j’avais organisée, à destination du milieu professionnel du cinéma. Je voulais faire connaître mon travail. »


Désormais, Benoît ressent le besoin de communiquer au public cette sensibilité photographique en dehors de son travail de technicien. Dans l’exposition présentée actuellement, sont présentés trois types de photos : portraits « People », paysages « Urban » et paysages « Nature ».

Pour la partie People, qui concentre plus de la moitié des photos présentées dans la galerie et pour laquelle un livre est aussi paru, il s’agit de portraits dont se dégage une intimité avec le photographe, qui explique comment il obtient un tel degré de confiance de la part du sujet. « Je fais des photos de gens que je croise dans la rue ; j’interpelle ces personnes qui m’ont frappé, elles, dans l’environnement dans lequel elles sont; cet environnement peut être n’importe quoi. Je vais donc vers la personne et lui demande si elle veut bien se laisser photographier. Si elle accepte, s’opère alors un moment qui peut être très court – 10 minutes – voire long – quelques heures – jusqu’à ce que j’obtienne un cliché qui me plaise. Tout dépend du temps que la personne peut m’accorder ou de l’environnement dans lequel elle se trouve. »

Le travail de Benoît consiste à mettre son sujet à l’aise, d’instaurer un climat de confiance qui permet au sujet de retrouver l’attitude qu’il avait au moment où le photographe l’avait croisé et avait été frappé par son regard. « Rien n’est fabriqué, factice, d’où l’importance de ce que dégage la personne. Ensuite, mon travail photographique consiste à sortir les gens de l’arrière-plan. Pour cela, il importe d’être à proximité du sujet ; pas question de prendre de la distance. Je suis à un mètre, un mètre cinquante. Du coup, cela favorise la relation entre la personne et moi. Je cherche à ce que la personne soit plus belle que la photo. Je cherche à attirer le regard sur ce qu’est cette personne : et pour cela, j’utilise l’artifice des objectifs à décentrement qui me permet de poser la zone de netteté là où j’en ai envie. Pour un portrait, ce sera donc les yeux, qui seront nets, avec la petite étincelle, la petite brillance qui en jaillit; le fond, lui, est flou et je le  transforme en élément graphique. »

Flou obtenu par décentrement et non pas par la focale. Benoît ne se fixe aucune contrainte. « Je ne fabrique rien, je ne provoque rien. C’est la personne qui doit ressortir de la photo, pas l’inverse. » D’où l’impression que la personne dégage quelque chose : joie, tristesse, mélancolie, arrogance, fierté, etc. « Si je parviens à ce résultat, j’en suis heureux car c’est vraiment ce que je recherche. »

Pour l’environnement « Nature » et « Urban », Benoît utilise également le décentrement, technique qui a été mise au point par les opticiens pour rééquilibrer les perspectives, en architecture notamment. « Avec ce système de décentrement de l’optique, je peux placer les zones de flou ou je veux et suggérer plutôt qu’imposer. J’opère peu de corrections : au niveau du cadrage, je « crope » la photo pour arriver sur le 1.85 ou le scope. »

Enfin, last but not least, le support joue un rôle non négligeable afin d’accentuer la douceur de la prise de vue et annuler le côté dur que peut avoir le numérique. «  Le problème du numérique, c’est que cela donne des clichés cliniques, froids. » Aussi, pour résoudre ce problème, Benoît utilise du papier à dessin – du Canson 310 grammes.

Les photographies présentées ont été prises un peu partout dans le monde, lors de moments de temps libres que laissait un tournage, où lors de voyages personnels: Bulgarie, Tunisie, Libye, Colombie, Belgique, France, Irlande, Maroc, Thaïlande, Etats-Unis…

Accrocher le regard, le fixer sans pour autant violer son âme, le travail de Benoît Theunissen nous renvoie à l'interrogation essentielle de Rimbaud : « Je est un autre. ».

Un photographe à suivre..