En blanc, en noir et en couleur

La coutume de réaliser spécialement une robe blanche qui sera portée uniquement le jour de la cérémonie, est une pratique dispendieuse réservée d'abord aux classes aisées. Les mariées moins nanties acquéraient, pour l'occasion, une toilette courante, généralement neuve, qui restera ensuite la tenue du dimanche. Dans le dernier quart du XIXème siècle, le noir devint à la mode et portable en toutes circonstances  cette teinte a dès lors la préférence pour la tenue des noces.

L'idée même du mariage impliquait obligatoirement une tenue correcte. Le manque de vêtements décents est même invoqué, avec les difficultés administratives, pour expliquer le fait que la classe indigente soit acculée au concubinage. En complément de la Société de Saint François Régis, qui aidait les couples dans les démarches nécessaires en vue de régulariser leur situation, il existait des oeuvres charitables chargées d'habiller les couples pour la cérémonie de mariage. Ainsi L'Oeuvre de la légitimation des mariages, active à Liège dès 1869 ou L'Oeuvre du mariage des pauvres à Louvain qui débuta vers 1881. D'après le Règlement provisoire de l'Oeuvre à Liège, un vestiaire doit être constitué où les personnes aisées pourront envoyer leurs vieux vêtements. A Louvain, on accepte avec reconnaissance tous les vieux vêtements, lingerie, souliers, bas, fleurs, rubans, blondes, chapeaux, etc. Le sacrement ne se concevait donc pas sans un minimum de rituel vestimentaire adapté, il est vrai, au niveau social.

Jusqu'à la Première Guerre Mondiale, les femmes étaient vêtues quotidiennement de jupes longues. Les mariées n'y faisait pas exception.

Une traîne va devenir une des caractéristiques de cette tenue. Cet usage s'est instauré progressivement. Déjà, pendant la mode de la crinoline, la jupe de la mariée pouvait s'allonger par derrière. Vers 1861-1868, la jupe perd du volume à l'avant et prend une forme de cône légèrement traînant à l'arrière; cette tendance peut être accentuée dans la robe de mariage pour lui donner plus de majesté. Ensuite, la jupe va se gonfler et se retrousser à la cambrure du dos pour donner la robe à tournure avec une traîne allongée portée dans toutes les occasions quelque peu habillées. Si la mode supprime ensuite la traîne, la robe de mariée la conservera jusqu'à nos jours. Sans être obligatoire, la traîne est devenue une particularité de la robe de mariage.

La jupe quotidienne va progressivement se raccourcir pour atteindre le genou vers 1925. La robe blanche de mariée va alors s'adapter à la mode et être également courte tout en pouvant garder une longue traîne accrochée aux épaules. Ensuite le bas des ourlets oscillera. La jupe sera relativement longue dans les années 30, très courte pendant la Seconde Guerre, mais la robe blanche de mariage se démarquera de l'évolution des modes quotidiennes et restera longue

La mariée modeste conservera sa courte robe d'après-midi mais elle choisira de moins en moins le noir. Cette couleur va progressivement disparaître en même temps que les indispensables boutons d'oranger. Il résulte d'un interrogatoire de personnes s'étant mariées durant les années 30 et 40 que le beige, le bleu, le gris ou le bordeaux étaient, à cette époque, davantage prisés. Les photos en noir et blanc nous informent peu sur ce point. D'après les témoignages des mariées de l'immédiat après-guerre, il existait un stade intermédiaire entre la longue robe balnche - considérée comme un luxe réservé à la classe bourgeoise - et la courte tenue colorée mais longue des classes moyennes.

Malgré la pression de l'Eglise pour faire porter la robe blanche aussi simple soit-elle comme témoignage de la continuité de la foi de celle qui l'a déjà portée à sa communion solenelle - le blanc étant considéré comme l'uniforme officiel des chrétiens - il aurait été prétentieux de la porter en dehors d'un certain rang social.

En 1952, le magazine Femmes d'Aujourd'hui - lecture familiale par excellence et deuxième revue féminine de langue française à l'époque - écrit toujours que la grande robe blanche est bien souvent un rêve inaccessible et propose des modèles de robes courtes, blanches mais aussi de couleur, pouvant être accessoirisées de chapeau, gants et fleurs blanches afin de donner l'allure qui convient pour distinguer une mariée. Dix ans plus tard, des robes courtes de couleur sont toujours proposées. La robe blanche ne va réellement se populariser que vers 1965.

La version courte autorisait également un cortège de toilettes courtes moins dispendieuses pour la famille. Indépendamment de toute considération financière, cette option pouvait refléter une approche plus moderne du mariage. Pendant la période mini des années 1965-69, elle aura la préférence de nombreuses mariées, en accord avec le côté actif, simple et fonctionnel de l'époque. De grandes maisons de couture en proposeront d'ailleurs des versions luxueuses. Avec le retour du maxi et ensuite la cohabitation au quotidien des longueurs d'après la silhouette de chacune, la robe de mariée redevient généralement longue.

Actuellement, la robe courte spécialement conçue pour le mariage est devenue rare et a quasi déserté les magasins spécialisés car les mariées qui optent pour moins de sophistication préfèrent une tenue aux caractéristiques moins marquées achetée dans les rayons ordinaires du prêt-à-porter. La robe de mariage courte peut aussi être choisie pour le mariage civil si une cérémonie religieuse est prévue pour exhiber la grande toilette.       
          

Dès le début du féminisme, à la fin du XIXème siècle, et indépendamment des raisons pécuniaires ou de leur statut social, des femmes ont rejeté la symbolique trop explicite du blanc. Un Guide des convenances, publié à Paris en 1898, précise que la mode de se marier en toilette de ville très élégante et en chapeau se répand de plus en plus en ajoutant  c'est pratique, mais peu solennel. En 1903, Bruxelles féminin annonce que la mode a fait quelques tentatives pour transformer complètement la traditionnelle robe blanche et poursuit  les Américaines, toujours prêtes aux innovations, ont été les premières à délaisser la robe blanche et le voile de dentelle, et dans plusieurs grands mariages, rien ne permettait de distinguer la mariée des demoiselles d'honneur. La revue augure cependant peu de succès pour cette pratique.

Le choix de Brigitte Bardot, lors de son mariage avec Jacques Charrier à la mairie de Saint-Tropez en 1958, d'une petite robe en vichy rose et blanc créée par Jacques Esterel, aura un grand retentissement. Au début des années 60, les magazines les plus conventionnels proposeront des modèles dont la ceinture ou quelques garnitures seront bleues ou roses et le bouquet d'une couleur assortie. Mais ces apports restent généralement limités à des détails et n'entraveront en rien la tradition bien ancrée de la robe blanche. Certains créateurs voulurent - par référence à la robe de mariage noire répandue dans les couches sociales moins aisées jusqu'après la Première Guerre Mondiale - proposer en noir des robes aussi larges et luxueuses que les modèles en blanc  mais cela en restera à des élucubrations de défilés et fut peu copié. Le magasin spécialisé Pronuptia à Bruxelles habilla cependant quelques clientes de noir, y compris le voile! Les propositions en rouge et or, repris aux tons traditionnels et populaires associés au bonheur et au mariage, n'ont pas bouleversé davantage les usages. Les tentatives récurrentes des créateurs pour renouveler la mode matrimoniale n'ont jamais réussi à faire tomber la robe blanche en désuétude.

Actuellement, alors que 31% des mariages consistent en un remariage pour au moins un des partenaires, que moins d'un mariage sur deux est encore religieux, même s'il semble y avoir plus d'adeptes pour la couleur, les catalogues spécialisés de l'an 2000 continuent à la proposer relativement peu, et souvent limitée au seul corsage ou à un léger semis sur la jupe. Si la mariée rejette l'emploi du blanc-neige, trop chargé symboliquement, elle préfèrera les couleurs crème, allant jusqu'au beige et au doré, bien que l'emploi de ces nuances ne soit pas neuf. Même pour un remariage, la mariée souhaite pouvoir être directement repérée au sein de la fête et seul le blanc ou une couleur apparentée, même limitée à la jupe, lui donne cet avantage, les usages conseillant aux invités de ne pas se rendre à un mariage habillés de blanc.

Seule la clientèle moins conformiste, mais numériquement limitée, de certains stylistes opte pour la couleur. Le métissage culturel ambiant, y compris dans la mode, n'y est pas étranger. L'introduction de mariages à thème favorise également la robe colorée. (...)

Une étude de l'Université catholique de Louvain, entamée vers la fin des années 70 jusqu'en 1994, répartie sur 858 mariages religieux célébrés en dehors des grands centres urbains en Flandre, recense encore 96% des mariées en blanc et 94% en long.

Extrait tiré de La Mariée ... Princesse d'un jour -
Une histoire de la mariée en Belgique du XIXème au XXIème siècle
de Marguerite Coppens, Bruxelles 2001.
Ce catalogue est édité par les Musées Royaux
d'Art et d'Histoire et est en vente à la librairie du musée.
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Photos de Créations de l'Atelier Lannaux
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