Origine et évolution du rite
Le rite du mariage puise principalement ses sources dans l'Antiquité romaine, creuset de l'Eglise primitive. Les premiers chrétiens ont poursuivi les usages en vigueur en les purifiant seulement des éléments spécifiquement idôlatriques. Le droit romain connaissait plusieurs degrés de mariage, notamment les types cum manu, où la femme passe de l'autorité de son père à celle de son mari, et sine manu où la femme reste sous la tutelle paternelle. Nous ne résumerons ici que les usages où notre symbolique actuelle trouve ses racines. Les fiançailles romaines étaient nettement distinctes du mariage. Lors des promesses de mariage, le fiancé remettait à la jeune fille une bague, origine de notre alliance actuelle. Le cérémonial du mariage proprement dit se déroulait en plusieurs phases. La première consistait à couvrir la femme, vêtue de blanc, d'une couronne de fleurs et du voile des femmes mariées. Ce voile était de couleur orangée, le velarium flammeum. La fiancée était ensuite présentée à l'assemblée des parents. Venaient alors la lecture du contrat et l'échange des consentements. La femme était alors remise par son père à son époux qui lui prenait la main. On en a gardé la coutume de conduire la mariée à la cérémonie au bras de son père. La jonction des mains, geste encore pratiqué dans notre cérémonie d'aujourd'hui, est devenue le symbole de l'union des époux.
Les pratiques antiques sont tombées en désuétude ou ont évolué avec des fortunes diverses au cours du Moyen-Age. Il en est ainsi de la couronne. Un texte du XVème siècle signal à Mons la pratique d'une couronne prêtée aux indigents avec un riche accoutrement. L'examen des rituels en usage dans les anciens Pays-Bas de la fin du Moyen-Age jusqu'à la fin de l'Ancien Régime donne des indications sur le rite de l'anneau et parfois également sur le port d'autres bijoux, sur l'habillement ou sur la coiffure. Ainsi les statuts synodaux de l'évêché d'Ypres précisent-ils que les mariées vierges sont nu-tête, ceintes d'une couronne et les cheveux dénoués. Le jour qui suit les noces, les cheveux sont relevés. Parfois, comme dans l'évêché de Liège, il est simplement indiqué que les mariés doivent être vêtus décemment. (...)
Au XVIIIème siècle, les princesses européennes peuvent éventuellement s'habiller de blanc ou de brocart d'argent le jour de leur mariage car l'argent est, en plus de son aspect luxueux en accord avec la cérémonie, également, comme le blanc, symbole de pureté. Si le choix d'une robe blanche est possible, l'usage d'une robe de couleur est largement le plus répandu. Dans nos provinces, la conservation d'une robe complète, ayant avec certitude servi pour une mariée, ne nous est pas connue. Les représentations iconographiques nous montrent les mariées de l'Ancien Régime arborant des bijoux à symbolique amoureuse, un bouquet au corsage et des barbes pendantes. Ces sortes de larges rubans de bonnet, généralement relevés sur la tête, étaient en dentelle pour les jeunes mariées dénouées, elles pouvaient sans doute mettre en évidence un dessin exécuté avec une technique aussi raffinée que coûteuse. Cela peut expliquer l'empressement des marchands de dentelles à rechercher de belles marchandises à fournir aux mariées.
La ritualisation vestimentaire actuelle prend racine au début du XIXème siècle et la première gravure de mode connue représentant une mariée vêtue d'une robe blanche et d'un voile figure dans le Journal des dames et des modes daté de 1813. Les troubles révolutionnaires avaient rejeté les traditions de l'Ancien Régime et renforcé l'anticomanie. On reprend les anciens usages romains, tombés en désuétude ou transformés sous diverses influences.
Toute la mode se veut à l'antique et la couleur blanche devient très prisée au quotidien. Les coiffures s'ornent de voiles. La mariée en particulier recourra au blanc à l'imitation de l'épousée romaine revêtue de la tunique blanche. A partir de l'époque romantique et du retour au passé national, le vêtement réintègre largement les couleurs mais la mariée restera en blanc comme signe de sa virginité.
L'engouement pour les arts antiques au début du XIXème siècle, avec la redécouverte des sculptures délavées de leur polychromie originale, propage l'image d'une mariée romaine voilée de blanc alors qu'elle portait un voile orangé, le flammeum. A cette même époque, l'invention du tulle mécanique permit à la mode de développer l'usage du voile. Les barbes pendantes en dentelle du siècle précédent pourront prendre des dimensions plus importantes à moindre frais et, d'écharpe ou court voile carré, aboutiront au grand voile qui pourra finir en traîne quand cette dernière sera introduite.
Le voile est aussi le signe de l'autorité du mari sur son épouse au Proche-Orient, berceau du christianisme. Il est devenu ensuite le symbole des vierges, soumises à l'autorité de leur époux spirituel, Jésus-Christ. C'est ainsi qu'on le découvre, dès la fin du XVIIIème siècle, et semble-t-il préalablement aux mariées, chez les communiantes à qui l'Eucharistie est présentée comme un festin de noces scellant leur union mystique avec le Christ. Dans certains ordres religieux, lors de la prise de voile, les fiancées du Christ sont également vêtues comme des mariées.
Le blanc et le voile se réfèrent à la virginité et à la soumission, qualités que les nouvelles normes bourgeoises, soutenues par le Code Napoléon, vont exalter. Car, tandis que la loi rigidifie la vie commune en défaveur de la femme, la ritualisation du mariage bourgeois s'accélère dans ses signes directement ostensibles et perceptibles, soit le vestimentaire. Cette symbolique ne soulignera que davantage son statut secondaire.
La tenue de la mariée fait partie des rites de passage qui visent à adoucir l'angoisse occasionnée par un changement d'état des cérémonies accompagnent la naissance et la mort. Le mariage est un passage vécu consciemment par les partenaires les entraînant vers une situation nouvelle assortie de son lot d'incertitudes et comprenant notamment l'inconnue sexuelle. La ritualisation sera d'autant plus importante que le passage rend licites les relations charnelles, frappées de tabou et dévalorisées.
L'usage d'un vêtement extraordinaire solennise et magnifie la fête qui est une composante importante du rite. Celle-ci permet une coupure dans le déroulement du temps en soulignant ce moment crucial faisant charnière entre un passé qui ne sera plus et un avenir à construire.


Lors de l'instauration du mariage civil, l'Etat, en reprenant l'institution à son compte, devait également y joindre la ritualisation nécessaire. Des tentatives pour solenniser la célébration civile des mariages apparaissaient à l'époque révolutionnaires. La loi du 13 fructidor de l'an VI en a fixé le cérémonial. Les autorités municipales devaient s'y rendre en costume, cette même époque ayant codifié les uniformes des charges civiles. L'époque contemporaine en a gardé le souvenir le bourgmestre ou l'échevin de l'Etat civil qui préside au mariage est ceint de l'écharpe de sa charge, seul souvenir de l'uniforme codifié par le jeune Etat belge en 1837. (...) Pour le mariage du Prince Philippe (1999), le bourgmestre de Bruxelles, François-Xavier de Donnéa, a encore fait réaliser, à ses mesures, un uniforme pour l'occasion.
Ce Concordat de 1801 autorisa à nouveau le mariage religieux. Au cours du XIXème siècle, l'acte civil était, sauf exception, suivi par le mariage religieux qui se chargea à nouveau de la ritualisation.
Actuellement, après deux siècles de sécularisation et le choix de plus en plus nombreux pour le mariage civil seul, il en est toujours ainsi. La pauvreté des célébrations civiles pèse dans le choix des couples en faveur des mariages religieux. Certaines administrations communales ont essayé d'étoffer la signature de l'acte par les intermèdes musicaux ou par la lecture de textes, souvent contre rémunération. (...)
Si le mariage civil est suivi d'un mariage religieux, la ritualisation vestimentaire n'est souvent mise en scène qu'à l'occasion du second et il en est ainsi depuis le XIXème siècle.
Extrait tiré de La Mariée ... Princesse d'un jour -
Une histoire de la mariée en Belgique du XIXème au XXIème siècle
de Marguerite Coppens, Bruxelles 2001.
Ce catalogue est édité par les Musées Royaux
d'Art et d'Histoire et est en vente à la librairie du musée.
Renseignements 02741 73 62